
Elégance, plumage contrasté, prédateur redoutable malgré sa petite taille… La Pie-grièche grise ne laisse jamais indifférent. Chaque observation procure un véritable petit bonheur ornitho. Oiseau sentinelle, sa présence est par ailleurs un indicateur de la richesse et de la qualité biologique des milieux qu’elle occupe.
Il est dès lors d’autant plus préoccupant de constater que l’espèce a connu un déclin marqué en Europe de l’Ouest au cours des dernières décennies. En Wallonie, elle ne niche désormais plus qu’en Ardenne. Cette petite population joue un rôle non négligeable pour la conservation de ce bel oiseau dans la partie occidentale de son aire de distribution. A ce titre, l’espèce est ciblée par deux projets LIFE en cours impliquant Natagora : le projet LIFE Belgium for Biodiversity, qui prévoit l’élaboration d’un plan d’action régional en sa faveur, et le projet LIFE ArdennEislek, dédié notamment à la restauration de milieux ardennais propices à son retour et à son maintien.
Afin d’améliorer et d’actualiser les connaissances sur l’espèce, le pôle Aves de Natagora coordonne par ailleurs une enquête couvrant les saisons de nidification 2025 et 2026.
Les recensements vont bon train ! En 2025, environ 70 sites avec nidification probable ou certaine ont été localisés et, pour la moitié, le succès de la reproduction a pu être documenté.
Le travail se poursuit en 2026 et toute contribution est la bienvenue !
Objectif
Les objectifs de cette enquête sont :
- dresser un nouvel état des lieux de la population nicheuse, le dernier datant de 2016;
- obtenir un maximum d’informations sur le déroulement des nidifications pour un échantillon de couples.
Méthodologie
1. Inventaire des territoires
Zones à prospecter
Depuis plus de 10 ans, l’aire de nidification de la Pie-grièche grise se limite désormais à l’Ardenne. L’inventaire des noyaux de population des hauts plateaux (Hautes-Fagnes, Plateau des Tailles, Plateau de Saint-Hubert et Plateau de Libin) est pris en charge par un réseau de naturalistes déjà mobilisé (Team PGG). Nous cherchons en revanche des volontaires pour prospecter le reste de l’aire de nidification, afin d’effectuer un dénombrement des territoires occupés aussi exhaustif que possible, L’objectif est d’actualiser les résultats de la dernière enquête wallonne, coordonnée par Christophe Dehem en 2016.
La carte accessible via le lien ci-dessous reprend les anciennes communes concernées par des nidifications possibles, probables ou certaines depuis 2016, qui sont donc à prospecter de manière prioritaire. Elle localise aussi les données de l’espèce en période de nidification de 2017 à 2024, utiles pour aiguiller les recherches.
https://www.google.com/maps/d/u/0/edit?mid=1Jwl7zuYIFUsXzH30eUtOqaKmKnTVvuA&usp=sharing
Communiquez à Robin Gailly les communes/zones que vous souhaitez prendre en charge pour l’enquête, il vous fournira les cartes les plus à jour pour orienter au mieux vos recherches.
Recherche des territoires
Privilégiez la période des parades pour localiser les territoires, en prospectant les sites potentiels de nidification entre fin mars et mi-avril. Les oiseaux sont souvent plus discrets dans le mois qui suit, qui correspond en général à la période de couvaison. Les observations réalisées à ce moment-là permettent toutefois de confirmer un cantonnement des individus. Dans le cas où la nichée a réussi, la période qui suit l’envol des jeunes (mi-mai à mi-juin) permet de nouveau une bonne détectabilité des individus.
La Pie-grièche grise niche dans des prairies avec haies et bosquets de résineux, dans des coupes forestières, dans des landes/tourbières ou, bien souvent, à cheval sur plusieurs de ces habitats. Son territoire fait souvent plus de 20 ha, ce qui peut la rendre difficile à détecter (il faut être au bon moment au bon endroit pour la croiser). La réalisation de plusieurs passages sur un même site est donc parfois nécessaire pour ne pas la rater.
Encodage des données
Vos observations de Pie-grièche grise sont à encoder sur le portail observations.be. Pensez à les détailler au maximum : précisez le champ « comportement », localisez-les avec précisions et complétez le champ remarque avec le plus d’info possible. Si vous le juger utile, vous pouvez cacher l’observation ou la placer sous embargo.
IMPORTANT : pensez aussi à encoder vos prospections négatives, pour garder une trace de la pression de recherche réalisée. Pour ce faire, encodez une observation de Pie-grièche grise avec 0 en nombre à chaque fois que vous faites une recherche spécifique de l’espèce sans la détecter. N’ayez pas peur d’encoder ce 0 même si vous aviez eu une pie-grièche sur le même site une semaine plutôt. Il ne certifie pas qu’il n’y a pas de pie-grièche à cet endroit, mais que vous avez tenté de trouver l’espèce sans succès (ce qui donne une idée de détectabilité). Notez dans le champ remarque « Absence » ou « Non détection » en précisant aussi la durée de votre recherche et tout renseignement qui pourrait être utile.

2. Suivi des nidifications
Pour les volontaires les plus motivés, vous pouvez aussi contribuer en collectant des données sur le déroulement des nidifications. L’idéal consiste à suivre certains territoires dès le mois d’avril, jusqu’à l’obtention d’une preuve d’envol des jeunes, ou au plus tard jusqu’à la mi-juillet. Cette compréhension plus fine du déroulement de la nidification des pies-grièches est obtenue localement sur le Plateau de Saint-Hubert depuis 2007 par Denis van der Elst (voir notamment son article publié dans la revue Aves en 2013) et nous aimerions l'étendre aux différents contextes wallons où se trouvent l'espèce.
Les objectifs de ce suivi sont
- déterminer si le couple mène des jeunes à l’envol,
- localiser le nid, dans la mesure du possible,
- déterminer, si possible, le nombre minimal de jeunes à l’envol (pas toujours facile, mais parfois possible en comptant combien de jeunes surgissent lors des nourrissages).
Le mieux est de faire commencer le suivi des territoires sélectionnés avec au moins un passage en avril (surtout si le territoire n’avait plus été parcouru depuis mars) pour confirmer l’installation des pies-grièches, en essayant par exemple d’observer le mâle en surveillance du territoire, ce qu’il fait généralement à proximité du nid lorsque la femelle couve.
Les prospections s’intensifient ensuite à partir du mois de mai, lorsque les adultes sont supposés nourrir leurs jeunes au nid, puis envolés (généralement à partir de mi-mai). Le temps consacré à chaque visite d’un territoire est à moduler en fonction de la fréquence des passages sur ce territoire. En cas de visites régulières, les séquences d’observations peuvent être courtes si rien est observé (15-20 min) pour disperser l’effort de prospection dans le temps. Idéalement, c’est bien d’avoir une bonne séance d’observation au minimum tous les 10 jours pour ne pas perdre le fil du déroulement de la nidification. Pour les sites suivis de manière plus ponctuelle, il est conseillé de réaliser minimum deux séances d’observation prolongée sur la saison : une en mai et une en juin.
En cours de saison,
- dès qu’une nidification est confirmée (et, idéalement, le nombre de jeunes estimé), l’intensité des visites peut être allégée,
- en l’absence d’observation de jeunes, l’effort doit être maintenu jusqu’à la mi-juillet afin de limiter les faux négatifs (échecs apparents alors que des jeunes ont bien pris leur envol sans être détectés).
Toutes les données sont à encoder sur le portail observations.be avec un maximum de détails sur l’activité des adultes et l’observation des jeunes (utiliser les champs « comportement » et « remarque »). De nouveau, pensez à bien encoder vos visites négatives (0 Pie-grièche grise) à chaque fois que cela arrive, en indiquant en commentaire l’effort de prospection réalisé.
Lorsque vous découvrez un nid occupé, pensez à noter (champ remarque de l’observation) sur quel type de support il a été construit, sa hauteur estimée, son degré de camouflage, sa situation… N’hésitez pas à envoyer des photos des sites du nid et des territoires par email à Robin Gailly.
